Ce qui est curieux c’est que j’ai appris à parler espagnol dans des escaliers. Depuis toute petite, j’ai eu la chance de passer mes vacances en Espagne, chaque été, dans le même immeuble, au premier étage. Au cinquième étage de cet immeuble vivait Eva, une fille de mon âge. Ma mère m’a poussée très jeune à aller la chercher pour apprendre à la connaître et jouer avec elle, je ne parlais pas un mot d’espagnol mais ma mère me disait que ce n’était pas grave et que cela viendrait, tout seul. Dans cet immeuble de huit étages, il y avait trois cages d’escaliers, avec des familles et des enfants espagnols. Pendant ces périodes, j’ai tout le temps cherché à comprendre ce que l’on me disait. Au pied de l’immeuble, il y avait un canal souvent asséché qui passait sous la route menant à la plage. Cet immeuble avec ses couloirs et ses escaliers et ce canal qui nous permettait de nous échapper vers la mer, sans avoir à traverser la route, sont devenus nos territoires préférés. Peu à peu, l’apprentissage de la langue a grandi avec nos jeux et, été après été, nous avons étoffé nos échanges en même temps que nos corps se transformaient. Depuis, chercher à comprendre et interpréter au mieux ce que l’on veut me dire est devenu un besoin passionné.